Pourquoi les Français se trompent-ils si souvent au Portugal ?
Parce que rien ne les prévient. La table ressemble à la nôtre, les rues aussi, et l'accueil est détendu. On se croit chez soi, et c'est là que les maladresses arrivent.
Les erreurs sont presque toujours bénignes. Elles disent surtout au visiteur qu'il n'a pas regardé où il était. Le plus délicat n'est pas de connaître une liste d'interdits. C'est de comprendre qu'un usage qui vous paraît détail compte pour la personne en face.
Peut-on parler espagnol, ou « à la française », au Portugal ?
Pourquoi l'espagnol passe mal
Si l'espagnol n'est pas votre langue maternelle, ne vous en servez pas pour vous faire comprendre. Dans notre expérience, nos interlocuteurs préfèrent presque toujours que vous leur parliez français ou anglais. La proximité des deux langues ne change rien : l'histoire de la péninsule a laissé des traces, et on n'aime pas qu'on les efface d'un mot. Parlez une langue qui est la vôtre, vous serez mieux reçu.
Le « Oui mais… » qui bloque la conversation
Les Français sont connus pour avoir toujours quelque chose à ajouter. Le tic a un nom au Portugal : le fameux « Oui mais… ». Au mieux, vous amuserez la table. Au pire, vous agacerez tout le monde.
Une publicité télévisée portugaise en a fait son sujet, et elle se moque autant des Portugais et de leur fierté nationale que des Français. Gardez votre « mais » pour plus tard : ils l'ont déjà entendu.
Comment se tient-on à table et au restaurant ?
Le couteau dans le pain
Ne laissez pas un couteau planté dans le pain. Le geste se remarque, et pas en bien. Reposez-le à côté.
L'huile d'olive, pas la sauce
Ne demandez pas de sauce en dehors de l'huile d'olive. Si votre plat arrive sans, c'est qu'il se mange tel quel : en réclamer une revient à dire qu'il est inachevé, et le cuisinier l'entend ainsi.
Le dessert, on le mange
Ne commentez pas la quantité de sucre ni d'œufs dans un dessert. Beaucoup de desserts portugais reposent sur ces deux ingrédients : c'est leur recette, pas un excès.
Comment se comporte-t-on avec les gens, au quotidien ?
Le fado : on écoute
Ne parlez pas et ne mangez pas pendant qu'on chante le fado. Les salles et les guides de spectacle demandent le silence pendant toute la durée du concert, et c'est la règle du public. Quand on chante, on se tait, même si l'assiette arrive.
Les applaudissements changent selon la ville. À Lisbonne, vous pouvez applaudir. À Coimbra, on rapporte qu'on s'éclaircit plutôt la gorge au lieu de battre des mains. L'explication tient à la nature du fado de Coimbra, chanté par des étudiants et d'anciens étudiants, dans une atmosphère de respect où le public écoute en silence.
La fierté portugaise, ne pas la heurter
Ne donnez pas de leçons en expliquant qu'ailleurs on fait mieux. Personne ne vous a demandé de comparaison, et celui qui l'entend en face de lui la reçoit comme un jugement sur son pays.
Les Portugais sont attachés à leur histoire, à leur culture et à leur manière de vivre. Cette identité forte est aussi ce qui rend le lien social solide, et la vie agréable.
Un étranger en terre d'accueil
Si vous n'êtes pas portugais, vous êtes un invité. Une grande partie des maladresses naît d'un visiteur qui se comporte en propriétaire des lieux. Comportez-vous en invité, et l'accueil suit.
Qu'est-ce qui surprend le plus à Lisbonne ?
Sa taille. Lisbonne est une capitale à taille humaine, pleine de charme, et tellement accessible que tout peut se faire à pied. Ce que nous racontons ici vient de vingt ans de terrain.
Une capitale qu'on parcourt à pied
On s'attend à une grande capitale européenne : distances, métros bondés, stress. On trouve une ville où l'on se déplace en marchant. Ne prévoyez pas vos journées comme à Paris, vous vous interdiriez de flâner.
Du soleil, des couleurs et de la vie, sans le stress
Il y a du soleil, des couleurs et de la vie, sans le stress qui va d'habitude avec. Ne venez pas avec le rythme de votre ville : celui de Lisbonne vous gagnera sans effort.
Pour comprendre ce que la ville a de vivant, lisez l'histoire du pont du 25 de Abril.
Et si l'on pense s'installer, quelles erreurs éviter ?
Les trois erreurs les plus fréquentes tiennent à la même cause : vouloir que le Portugal soit ailleurs. Ce que nous avons observé depuis vingt ans, c'est qu'on s'y plaît bien plus quand on accepte de changer soi-même.
Comparer son pays au Portugal
Ne comparez pas sans cesse le Portugal à votre pays. Chaque comparaison devient un reproche, et la personne en face l'entend ainsi. Celui qui répète « chez nous, c'est mieux » finit seul à sa table.
Vouloir retrouver son mode de vie à l'identique
N'essayez pas de refaire ici votre vie d'avant à 100 %. Les horaires, les habitudes et les repères ne se transposent pas. Chercher à les reproduire exactement, c'est passer à côté de ce qu'on était venu chercher.
Ne pas s'adapter à la mentalité portugaise
Ne refusez pas le changement. La mentalité portugaise est plus calme et plus sereine que celle que beaucoup connaissent, avec un fatalisme qui reste positif. C'est une tendance que nous observons, pas une règle : chacun est différent.
Dans notre expérience, on s'adapte à ce rythme, ou on en souffre. Pour ceux que le sujet concerne, voyez notre article sur l'installation à la retraite.
Ces usages vont-ils changer ?
Deux évolutions sont possibles, et nous ne savons pas laquelle l'emportera.
- Le tourisme uniformise. Plus il y a de visiteurs, plus les établissements s'adaptent à eux, et certains usages s'effacent.
- Les lieux imposent leurs règles. Plus les visiteurs sont nombreux, plus les villes et les salles explicitent leurs usages, comme le silence au fado.
Les deux peuvent coexister : un usage peut s'effacer en terrasse et rester entier dans une salle de fado.
Le risque est de généraliser. Ce que nous décrivons vient de l'observation et ne s'applique pas à chaque personne. Une chose change peu : le respect et l'acceptation de la culture locale restent la clé d'une bonne intégration. Les Portugais installés à l'étranger la pratiquent eux-mêmes, et c'est la leçon que nous leur empruntons.
Retrouvez d'autres usages et récits dans notre blog.